samedi 20 juin 2020


Nous amener plus haut et plus loin, c'est la raison d'être du sociologue-troubadour que je suis. Comment développer un monde meilleur, plus efficient, plus pragmatique, où l'on vit bien et travaille mieux, un monde plus dynamique et plus humain ? C'est là, dans nos organisations, toute la question du management (leadership, interactions et postures). La question devient alors : "Comment développer son regard pour se développer soi-même et produire un monde meilleur ?" Patron, manager, décideur et collaborateurs de toutes organisations professionnelles ou associatives, ce blog "le manager conseil" est fait pour vous. Il est une véritable bibliothèque thématique de ressourcement.
Vous trouvez ici des indications sur le management des personnes et des projets, comment ça marche, comment agir, avec des postures, des principes de fond, des leviers pour faire, et voir l'impact des évolutions de notre société sur nos métiers, nos pratiques, notre lien social, mieux voir la vie au travail.
Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite, à l'expresse condition d'en citer chaque fois la source et de n'en pas faire commerce.
Jean-Marc SAURET

mardi 12 décembre 2017

Le Big Data, nouvel or noir !

Si, comme le dit Thierry Breton, PDG d'Atos et ancien ministre de l'économie, le Big Data est le nouvel or noir, alors l'intelligence collective est un nouveau paquebot vers l'eldorado... Je m'explique.
Chaque fois que l'on accède gratuitement à des infos, données, produits, sur la toile, il est bien connu et accepté que, dès lors, le produit c'est nous, c'est à dire celui qui prend l'info. Car, à chaque action ou transaction, chacune et chacun laisse des informations propres à alimenter un fichier, une base de données, lesquels sont revendables ou utilisables à bien des fins utiles et rémunératrices.
Ainsi, quand le spectateur lambda se demandait où Julian Assange allait se mettre à l’abri, suite à ses publications dérangeantes, des calculateurs avaient sondé la toile et collecté des sommes considérables de données, d'avis, d'analyses. Faisant la sommes des occurrences convergentes, ils en avaient dit qu’immanquablement il allait se réfugier à l’ambassade d'Equateur. C'est bien ce qu'il fit...
Ce que nous indique cette petite histoire, ce court événement, c'est que l'on voit émerger une nouvelle logique surprenante : nous n'aurions plus besoin de réfléchir, d'analyser ni de déduire puisque la somme des données nous apporte un résultat plus sûr, plus rapide, moins fatiguant et moins contraignant. Il est, de plus, accessible à tous. On comprend alors à quel point le big data devient l'objet d'énormes marchés. Outre l'indication précise de cibles commerciales, il serait un imparable moteur de prédictions. La chose devient énorme...
Mais que nous dit aussi cette histoire là ? Elle nous dit aussi que l'intelligence de chacun, ses analyses et suppositions, ses recherches, réflexions et déductions, alimentent le big data. Celui-ci ne serait donc que la somme des productions de toutes ces intelligences qui ont fourni les données. Il s'agit là d'une somme brute, sans intelligence ni analyse. Son travail reste de la compilation...
La source des données reste bien et toujours la somme des personnes humaines qui veulent bien se connecter. "L'intelligence" du big data n'est qu'une conséquence de la somme des intelligences. Et quand on sait que l'intelligence collective n'est pas la somme des intelligences individuelles, mais leur produit, on comprend alors qu'elle est bien ce paquebot en route vers l'eldorado.
Voilà donc le nouvel or de la planète : l'intelligence collective. Le couple d'économistes futurologues Alvin et Heidi Toffler l'avait déjà indiqué en 93 dans "Guerre et contre-guerre"  quand ils affirmaient : "La nouvelle matière première des organisations est l'intelligence de ses membres !". Ils écrivent en 2006, dans "La richesse révolutionnaire" que ce n'est plus l'argent qui fait la richesse des entreprises mais la connaissance. Certains l'ont bien compris quand ils exploitent l'intelligence collective à leurs propres fins alors que nous pourrions l'utiliser à la seule fin de construire un mode meilleur... Comme une utopie, il ne semble donc pas encore pour demain !

Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 12 décembre 2017

mardi 5 décembre 2017

Management et Organisations dans une évolution sociétale majeure

On dit que la France a besoin de se réformer. Il est vrai que sa culture, historiquement bureaucratique, l’a installée dans des modes de blocage où le mot même de « résistance » constitue une valeur forte (et pas que depuis 1945). Elle se trouve aujourd'hui dans un temps comparable à la période suivant la révocation de l’Edit de Nantes où les « réformés » ont quitté le pays, emportant avec eux la dynamique économique. Ils sont allés la développer en Allemagne, en Hollande et en Angleterre. Il y a même des sociologues, voire des géographes, pour penser que c'est là que se trouve la première raison de l'affaiblissement de la France. C'est là-dessus que se préparait la révolution de 1789, au-delà même des grands gels et des mauvaises récoltes successives. L’effondrement économique lent et continu aurait installé ces conditions majeures, propices à la grande rupture (il y en a même pour dire que cette période préfigurerait l'actuelle...). C'est dire !
Ce qui reste de cette perte culturelle protestante nous habite encore : on peut le qualifier de désir de permanence et résistance au changement (nous ne sommes pas des révolutionnaires et si nous faisons la révolution, ce n’est que par violente résistance, par frustration de consommateur, ou par défaut). Et comme le passé est toujours plus sûr que l’aventure de l’avenir, résister devient un mode de pensée et de vie. Nous savons le développer contre vents et marées, vent qui gonfle les voiles de nos économies, marées qui "alluvionnent" nos terres et nos cultures… Aurions nous à ce point adopté l’adage cathare « Mon frère, il faut mourir » ?
La réforme dont nous avons besoin est culturelle. Elle nous viendra soit par le sud, dans les apports de courage et de volonté trempés, soit par le monde anglo-saxon dont la culture irrigue l’ensemble de notre économie et de nos rapports sociaux. Reste à se poser la question de savoir si l'ensemble de nos rapports ne s’épuiseraient pas dans l’économie... Le commerce, s’il a été la raison ou le motif de nombre de nos contacts et relations, sera encore peut être longtemps le lien de santé avec le reste du monde.  Mieux ! Il s’agit bien là de sa santé non seulement économique et culturelle, mais aussi et peut être surtout de sa santé en termes de sensation de progrès. C’est elle que l’on trouve associée à une marche en avant.
Cependant, il nous faudrait transformer notre regard sur ces champs là afin de disposer d'une vision d’un commerce et d’une économie faite pour l’humain et par l’humain. Trop de caricatures idéologiques nous servent de paravent confortables.
Comme l’avaient évalués les sociologues Paul H. RAY et Sherry Ruth ANDERSON dans les années 90*, une nouvelle culture est en phase de création depuis plusieurs années Elle nous offre une alternative à l’ultra consommation, celle qui justement nous épuise matériellement, écologiquement, culturellement et humainement. Ces alter-consommateurs, ou « créateurs de culture », s’engagent, portent leurs projets et les développent. Ce sont des projets que l'on peut qualifier d'humaniste, pragmatique, spiritualiste et hédoniste. Cette population montante a besoin de plus de latitude pour porter son action tout en tentant d’alléger ses contraintes. Générations « Y » (comme "Why?") pour les uns, alter-mondialistes ou hyper-modernes pour d’autres, tous ces acteurs se définissent comme "alternants culturels", c'est à dire qu'ils développent une alternance de notre vivre ensemble dans une évolution culturelle de fond. Dans ces conditions, ces « acteurs » au plein sens du terme, saisissent toute opportunité pour créer, organiser, prester, réaliser.
Nous les trouvons probablement trop zappeurs, ego-centrés, personnalistes, voire insaisissables ou peu « manageables ». Ils construisent néanmoins leurs parcours au gré des opportunités, s’adaptent, cueillent la vie et les rencontres avec un redoutable pragmatisme. Aujourd'hui dans cette entreprise, demain ailleurs, ils s'avèrent plus sensibles au plaisir d’être là, de faire "ça" plutôt que pour gagner plus. Ils développent de surcroît une mobilité toute guidée par leur goût de la vie, leur plaisir de faire et leur sens aigu de l’autonomie. 
Tout cela se réalise au gré des opportunités, car ils vivent en réseau, développent un "multi entre soi" où chaque acteur est un "hub", un cœur ou tête de réseau, et à la fois contributeur de bien d'autres. Ils apprennent et s’adaptent constamment. Ils énervent les managers qui ne savent ni comment les prendre, ni gérer ou même, plus prosaïquement, répondre à leurs questions constantes. Celles-ci, multifactorielles, portent d'abord sur le sens, et engendrent des "comment faire". Comment répondre à leurs propositions perpétuelles pour un mieux faire autrement ?... car ils sont engagé dans ce qui a du sens pour eux. Ils sont tout, peut être, sauf des bureaucrates.
Cette population énergique et énergétique, force de construction et d’innovation, n’a même pas besoin de structures, même légères, pour évoluer. Nombre d'entre eux ont donné aux sociétés d’intérim une manne temporaire parce qu’ils sont à la recherche de possibilité pour travailler où et quand ils veulent. Aujourd'hui, comme ils ont grandi, ces sociétés qu'ils ont traversé en nomades, ne leurs suffisent plus. C'est ainsi qu'ils préfèrent créer une entreprise légère, plutôt en grande Bretagne d’ailleurs, ou zapper d’une boite à l’autre que de s’installer dans des fonctions pérennes. Ils n'aiment pas es structures lourdes. Ils sont plus utilisateurs que consommateurs propriétaires. Ce qui leur irait le mieux serait des revenus suffisants pour vivre (voire le confort du salariat) avec la liberté d’action du libéral… Ceci existe. Il s’agit du portage salarial. Il offre tous les avantages de souplesse et de sûreté qu’ils attendent, confort et liberté au service de leur créativité hyperactive.
Pour cette culture montante, cette population grandissante en nombre, en âge et en compétence, cette forme d’inscription dans l’économie qu’est le portage salarial est bien le cadre qui leur va bien, peut être mieux que l'auto-entrepreneuriat. Il y a fort à penser que se trouve là l’opportunité de ne pas voir partir nos talents, notre dynamique créatrice vers les pays anglo-saxons ou ailleurs, car leurs projets et leur imagination ne connaissant pas les frontières. Ils visent davantage de s'épanouir au boulot que de gagner forcément plus.
Il y a quelques années, mon fils, qui appartient à cette nouvelle population, me dit : « L’anglais, finalement, c’est bien plus pratique que le français pour s’exprimer… ». Je restais bouche bée, moi pour qui la langue de Molière est une richesse, une arme d’expression redoutable. J'avais l'impression d'avoir raté quelque chose… Depuis, il vit à Londres, à son compte... Le monde aurait-il changé ? Peut être, mais ce ne peut être sans nous…
Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 5 décembre 2017

* Paul H. RAY & Sherry Ruth ANDERSONThe Cultural Creatives : How 50 Million People Are Changing the World (illustrated ed.). New York: Harmony Books, 2000.



Lire aussi : "Management, une question de sens, de sens et de sens..."

mardi 28 novembre 2017

La dictature des apparences

Gérard Filoche a été exclu du parti socialiste pour avoir édité sur le réseau social Tweeter une image accompagnée de moins de cent quarante caractères. La raison prononcée de son exclusion est "incompatibilité avec la philosophie du parti". C'est à dire qu'un affichage instantané de quelques mots fait plus de sens que quarante ans de discours, d'écrits et d'actions militantes, voire de combats. Je ne viens certes pas faire l'avocat de Gérard Filoche, je viens juste montrer comment et sur quoi un parti prend actuellement ses décisions et pourquoi ça passe socialement sans accrocs. Je veux juste attirer l'attention sur le fait que ce mode de décision n'est pas propre à ce parti et qu'il fait le mode de vie et de pensée de toute une grande part de notre société : la décision se fait sur l'écume des choses. Nous sommes en pleine dictature des apparences. Le pouvoir est à l'éphémère...
Dans la présentation que j'ai déjà développée sur l'évolution sociétale* en trois vagues historiques, actuellement coexistantes et incompatibles (les modernes, les post-moderne et les alternants culturels), Gérard Filoche est un moderne. Le socle de sa pensée, et donc de sa posture (voir l'article "La vision guide mes pas**"), est fondée sur la rationalité, l'individu, la verticalité organisationnelle et la construction du futur. 
Or, le collectif qui le juge, la société qui l'enveloppe dans son air du temps, sont post-modernes, à savoir que leur posture est fondée sur l'émotionnel, la tribu, la "liance" et la "reliance" (cf. Marcel Bolle de Bal), et enfin "l'ici et le maintenant". Nous sommes passés, et je l'ai déjà présenté, d'une société de la construction dans un environnement rationnel de progrès (c'est la posture qu'illustre Gérard Filoche) à une société hédoniste, comme en a développé l'étude et la description le sociologue et philosophe Michel Maffesoli.
Voilà pourquoi Gérard Filoche ne peut pas comprendre ce qui lui arrive et proclame que c'est autre chose qui est jugé sur lui, et que le tweet n'est qu'un prétexte. Mais pour l'environnement sociétal, c'est le symbolique, le sens induit ou seulement compris d'un seul tweet qui fait symptôme, et donc qui fait sens. Pour ces gens là (ce public), c'est inacceptable. Leur imaginaire est frappé d'un sens en contre-sens et donc l'accusé devient un exclu de fait. C'est bien l'écume des choses qui prend le pouvoir.
Est-ce que ce cas est un cas isolé ? Probablement pas. Il est seulement emblématique de ce que sont nos rapports sociaux actuellement. C'est bien cela et seulement cela que je juge (pas l'ex-militant PS, il est un tout autre sujet). C'est aussi ce que je donnais à voir dans mon précédant article autour du phénomène "Balance ton porc", consécutif à l'affaire Weinstein.  
C'est aussi ce à quoi nous avons assisté lors de "l'affaire Léonarda", expulsée au Kosovo. C'est aussi ce qui s'est invité dans les primaires socialistes et de la droite, et aussi dans toute la course à la présidence du printemps 2017. C'est aussi ce sur quoi surfe le mouvement des "fémènes". La liste n'est pas exhaustive, loin de là, car c'est là notre air du temps post-moderne... 
L'apparent que révèle un élément fait plus de sens que l'histoire profonde dont l'analyse historique et sociologique est oubliée, inexistante, passée à la trappe. Serions-nous devenus une société idiote, émotionnelle, adolescente ? Très certainement... C'est ce moment post-moderne qui nous enveloppe. "Dieu merci", la route ne s’arrête pas là et le mouvement d'alternance culturelle se développe. Nous approchons inexorablement d'un moment de bascule vers un changement sociétal profond.
Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 28 novembre 2017
* voir les articles sur "Les nouveaux liens sociaux"
** voir l'article "La vision guide mes pas"