samedi 20 juin 2020


Nous amener plus haut et plus loin, c'est ma raison d'être de sociologue-troubadour. Nous avons à développer un monde meilleur, plus efficient, plus pragmatique, où l'on vit bien et travaille mieux, un monde plus dynamique et plus humain. Comment faire ? C'est là, dans nos organisations, toute la question du management (leadership, interactions et postures). La question devient alors : "Comment se développer soi-même ?" 
Patron, président, manager, décideur et collaborateurs de toutes organisations, ce blog est pour vous. Il est une bibliothèque thématique de ressourcement.
Vous trouvez ici des indications, des analyses, des ressources sur le managementdes principes de fond, des postures, des leviers pour mieux faire, et voir l'impact des évolutions de notre société et mieux voir la vie au travail.
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Jean-Marc SAURET

mardi 16 janvier 2018

Difficile d'aimer si on ne s'aime pas, mais...

"Difficile d'aimer si on ne s'aime pas", nous dit l'adage. Mais on se rend vite compte qu'il est tout aussi difficile de s'aimer si on ne vous aime pas. Nous savons bien que nous ne sommes "que de l'Autre", que son regard sur nous, nous est déterminant et réciproquement. Nous savons que, dire du mal des gens, c'est aussi se faire du mal à soi même... Je reviens sur cette interdépendance entre les personnes, entre les gens, pour tenter d'aller un peu plus loin aujourd'hui en termes de conséquences et de projet collectif... Je m'explique.
A quoi rêvons nous ? A la richesse ou à la célébrité ? Certes, ce n'est pas exactement cela que nous visons, mais nous regardons ces états comme des moyens d'atteinte du bonheurs, comme des conditions indispensables ou nécessaires, comme des indicateurs de réussite. Mais de fait, que visons nous ? Simplement d'être heureux et les symptômes ont pris la place de l'objectif. Ne nous flagellons pas, c'est toujours ainsi : nous prenons les moyens pour des objectifs, et tant en matière de management que dans sa vie privée. Nous tendons vers les symptômes, vers les indicateurs de succès, plutôt que vers les résultats réellement attendus.
Combien de fois l'avons nous remarqué dans la dynamique des organisations ? Combien de fois, en toute bonne volonté, avons nous pensé à la place des autres, des bénéficiaires de ces beaux outils ou projets que nous avons imaginé et tenté de monter pour eux ou pour le bien de l'humanité ? Dans les relations de conseil et de coaching, l'exploration de l'attente du sujet (du client) se fait parfois à l'aide de questions en "poupées russes", c'est à dire en retournant la question dès les premières réponses. "Qu'est-ce qui vous le fait dire ?", "C'est à dire ?", "Mais encore ?..."
Parce que nous sommes en dépendances des moyens et des indicateurs de succès, nous lâchons l'objectif pour ses symptômes. Ce sont là des "tout prêts à penser", tous bien socialement acceptés comme pertinents... Et pourquoi donc ? Parce que l'autre est mon juge de paix : s'il me reconnait, alors j'existe. S'il reconnait ma performance, alors elle existe (même si je ne m'en étais pas rendu compte moi-même). S'il me perçois beau ou intelligent, alors je le deviens. C'est là toute l'idée de la "prophétie réalisante" de Paul Watzlawick. Mais c'est là aussi toute l'idée de l'identité en psychanalyse. 
Alors donc, regardons ceci de manière pragmatique et toute mathématique : si je dépends du regard de l'autre et si mon regard sur l'autre dépend de mon regard sur moi, nous voici en plein cercle vicieux ! Comment en sortir donc ? Comme de tout cercle vicieux, en coupant là où l'on peut agir soi-même. Commençons par nous demander si nous vivons dans un monde de prédation, ou dans un monde de coopérations. Dans le premier, les autres sont soit des proies, soit des prédateurs. La guerre et le combat pour la survie sont le mode ordinaire des relations. Etre intelligent consiste donc à anticiper, c'est à dire à prévoir les coups de la guerre. L'autre est un adversaire dont je préfère qu'il soit une proie plutôt qu'un prédateur pour moi. Le monde est donc violent et noir.
Si je pense le monde comme un système de coopérations, alors l'autre est mon chemins, le moyen d'atteindre mes objectifs, le moyen de mes réalisations. L'autre est autant mon socle d'opportunités que je le suis pour lui. A chaque occurrence, à chaque relation, je ne pers jamais ce que je donne, je le garde et récupère encore une "bien-value". C'est ce que Gandhi compris pour l'indépendance de l'inde en regardant l'Anglais comme son partenaire et non comme un adversaire. C'est ce que ne compris pas l'anglais dans le regard de Gandhi et, de cette confusion naquit le changement positif pour tous.
Alors donc, pour rompre ce dit cercle vicieux, c'est bien mon regard, celui dont je suis le patron, que je peux (et doit ?) changer : regard sur l'environnement, mais aussi sur moi et sur l'autre, histoire d'enclencher un bon cercle vertueux... qui nous sera, in fine, si favorable à soi-même et à tous !

Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 16 janvier 2018

mardi 9 janvier 2018

Pour vous développer, faites un CACE !

De quoi s'agit-il dans ce titre ? Non, bien sûr, il ne s'agit pas de hold-up ni de malfaisance, mais bien d’effectuer un travail d'ouverture sur soi. D'ailleurs, le mot travail est surement trop fort. Il n'y a là ni douleur, ni effort surhumain. Il y a juste un changement de regard qui donnera un changement de posture, laquelle posture sera fructueuse. Alors qu'y a-t-il derrière ce sigle "CACE"? Il y a juste quatre mots simples : Curiosité, Attention, Contemplation, Expérimentation. Mais, qu'est-ce que cela signifie ? Et bien nous allons développer un peu...
"Curiosité". Si vous pensez que vous en savez assez, que votre connaissance est amplement suffisante pour vivre dans votre environnement, pour gérer toutes vos situations, vous venez de vous couper un bras, ou une jambe. Pourquoi ? Parce que nous n'avons jamais fini d'apprendre ! Parce que tout bouge en permanence. Parce qu'il y a mille et une solution à chaque problématique que l'on rencontre ! Parce 90% des innovations dans les entreprises viennent des collaborateurs qui ont les pieds et les mains dans l'action quotidienne et qu'ils ont un cœur et un esprit pour penser ce dans quoi ils sont, ce qu'ils sont en train de vivre... Parce que depuis des millénaires nous apprenons principalement des autres ! Parce que le reste de notre apprentissage vient majoritairement d'événements qui nous bousculent, qui nous interpellent, qui modifient notre regard !
La curiosité est donc une qualité première et fondamentale pour notre développement. Elle nous invite à une certaine humilité : nous ne sommes pas des dieux omnipotents, comme nous l'avons peut être cru vers l'age de cinq ans. Nous sommes des marcheurs de chemins de traverse. Nous nous confrontons aux surprises du mondes, à ses montagnes de murs, à ses  crevasses de vides, à ses vents et forces qui nous emportent et nous bousculent. Ce qui a fait que nous avons traversé des siècles et des siècles d'histoire, occupant toujours d'avantage de lieux improbables comme les déserts de sables et de glaces, comme aucun autre animal n'a su le faire à ce jour, c'est parce que nous nous adaptons, modestement, obstinément, aux résistances du monde, parce que nous avons appris de nos confrontations, de nos échecs opportuns, de nos succès limités, parce que nous avons été curieux de ce qui nous enveloppait, de ce que nous vivions, de ce à quoi nous nous confrontions...
Le second mot est "Attention". Il ne suffit pas en effet d'être curieux pour connaître, mais aussi nous est-il indispensable de développer une attention aiguë aux signaux faibles, au moindre élément du parcours, à la plus petite résistance, oubliant vite le principe de Paretto qui nous enferme dans l'illusion d'une efficacité. Ce ne sont pas les 20% de causes responsables de 80% des effets qui font le résultat, mais bien la conjonction, la convergence, et la succession de toutes les causes, aussi modestes soient-elles. Alors nous leur prêterons toute notre attention, et nous prêterons aussi toute notre attention aux manières de faire de nos congénères, de nos amis, collaborateurs, patrons, adversaires, concurrents, voisins, comme de tout "êtres humains" tout simplement. Depuis nos histoires de vie, depuis nos parcours chaotiques, depuis nos expériences curieuses, nous avons, chacune et chacun, trouvé, expérimenté, nombre de solutions et de non solutions... comme chacun des autres que nous côtoyons.  Parce qu'est là l'intelligence collective, ce produit de la rencontre de sommes d'intelligences individuelles. Alors nous leur prêterons cette attention curieuse essentielle. Il y a là un creuset considérable de connaissances à développer.
Le troisième mot est "Contemplation". Mais que vient faire cette expression quasi mystique dans le développement de la connaissance ? Nous savons que nous ne voyons que ce que nous savons, que tout le reste, la plupart du temps, sauf accident, nous échappe. Alors à quoi nous sert la curiosité et l'attention, si nous n'en faisons aucun ancrage dans nos représentations, dans nos principes, dans nos théories ? Voilà, nous touchons là du doigt l'importance de cette contemplation si décriée, si rejetée, par ce qu'elle aurait des accents mystiques ou bisounours. Il s'agit en effet de faire taire, en nous, nos a priori, nos "déjà connus" ou "déjà sus", pour faire la place à cette intelligence opportune, jusqu'alors inconnue, ou mal appréhendée. Il s'agit aussi, de laisser faire notre intelligence symbolique, afin qu'elle "accroche", qu'elle "attache" ces éléments nouveaux à ce que nous savons déjà. Ceci se fait par association, par ressemblance, par distinction, par comparaison, etc. C'est ce que la psychosociologie des représentations sociale nomme l'ancrage (Cf. Denise Jodelet et Serge Moscovici, 1985). 
L'art de la contemplation nous conduit à intégrer, ingérer, préciser, distinguer, les éléments nouveaux de notre environnement. Vous vous souvenez certainement de cette historiette que j'ai relaté dans des articles précédents, sur la manière dont, enfant, j'ai "médité" la manière d'éviter l'opposition de mon camarade René en matière de rugby. C'est bien de cela dont il s'agit : rassembler tous les éléments de mes acquis, avec les sensations qui leurs sont associées, pour construire une appropriation nouvelle. Elle deviendra une vision exacte d'un possible nouveau qu'il ne me restera plus qu'à mettre en action.
Et il y a ce quatrième mot "Expérimentation". Oui, nous n'en resterons pas là, à regarder curieusement les solutions diverses. Elle ne deviendrons connaissance qu'à compter du moment où nous les expérimenterons nous-même. Alors seulement, elle prendront la valeur de la connaissance. Jusque là, elle ne sont que des indications, des hypothèses, des voies de recherche, des principes... Souvenons nous une fois encore de notre apprentissage du vélo (peu d'entre nous ont échappé à cette expérience). Toutes les explications du monde n'ont pas fait l'acquisition de cette nouvelle compétence. Il nous a fallu passer par l'expérimentation et là, seulement là, notre corps entier a "compris", soit pris en lui-même, le "savoir faire du vélo".
Comme je l'ai déjà évoqué, j'ai appris la taille de pierre avec la chasse, le ciseau, le poinçon et le maillet. J'ai eu l'information sur la fonction et la capacité de chaque outils. Mais ce n'est qu'à force de leur utilisation, de l'usage (à son vrai sens du terme), que j'ai ressenti et compris dans mon corps, la précision de l'angle de la chasse, la précision de la force du coup de millet, etc... Sans ce long exercice d'expérimentation, je serais resté dans l'observation de la théorie sur un matériaux que je ne "connaissais" pas. Parce que nous sommes totalement et indissociablement corps et esprit, l'acquisition théorique passe par les sensations.
Alors voilà, après avoir effectué votre "CACE", il ne vous reste plus qu'à savourer le bien acquis et à partir vers de nouvelles aventures, les quatre mots dans la sacoche ou sous le bras...

Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 9 janvier 2018

mardi 2 janvier 2018

On regarde nos sociétés comme le monde des fourmis et des abeilles

Je visionnais quelques images publicitaires de la série "Game of thrones". Elles montraient des hordes guerrières prêtes à l'affrontement. Pour elle, on ne suppose aucun état d'âme, ni raison de guerroyer, seulement une détermination au combat. Je comprenais que ces personnages n'en étaient pas. Ils étaient juste des combattants, des guerriers. Peut être, sans doute, ne savaient-ils rien faire d'autre. J'imaginais donc que cette représentations des masses et des gens, prédéterminés et dédiés, était culturelle, factuelle et actuelle. Si non, comment cette série pourrait-elle séduire actuellement des foules ? 
Il me revenait aussi que dans les films du "Seigneur des anneaux", on retrouvait les mêmes éléments dans la présentations des différents peuples de la saga. Les "gens" sont, par leur appartenance, déterminés à des rangs ou fonctions. Je comprend que c'est peut-être ainsi que les populations occidentales actuelles se comprennent elles mêmes. C'est probablement de la même façon qu'elles " comprennent le monde, c'est à dire des gens formatés et dédiés. Il m'est apparu aussi que l'on retrouvait un processus analogue dans nombre de séries à succès, éléments que 'on retrouvait aussi dans nombre d’œuvres filmographiques et ouvrages littéraires qu'il est loisible de regarder ou parcourir.
Ainsi, "regarde"-t-on nos sociétés comme on "voit" le monde des fourmis et des abeilles. Et pourtant, nous sommes bien constitués de chair et de mouvement, de souffle et d'eau. Ce qui oriente ce que nous faisons, c'est bien ce que nous sommes, ou plutôt ce que nous nous pensons être... 
Car ce que nous sommes vient de la visions, de l'image (ou du reflet) que nous avons de nous même. Voilà bien ce qui fonde notre posture. Il n'y a pas un "tas de viande" d'un côté et le souffle d'un esprit, et le mental de l'autre. Le fondement est donné par le fait qu'il y a deux aspects conjoints qui coexistent, indissociables, fait d'images et d'émotions. Redisons le : nous sommes cœur et esprit (du seul mot Xin, en chinois). Si notre intelligence est symbolique, ravivons là de ce qu'elle est, c'est à dire d'images et d'émotions, voire de sensations. Et alors, seulement, nos actions correspondrons plus exactement à nos croyances, à nos convictions, à nos certitudes. 
Il n'y a d’ailleurs pas la réalité d'un côté et nos croyances de l'autre. Comme l'écrivait Schopenhauer, la réalité n'est que la conscience que nous avons des choses, là où se trouvent nos convictions...
Comme ce que je pense, ce à quoi je crois, détermine aussi les postures des autres, mes convictions soulèvent le monde. C'est ce qui a permis à Elisabeth CAVEZ (dite De la Croix) d'affirmer que “Toute personne qui hausse le regard soulève le monde entier”. Si nous regardons nos proches, nos collaborateurs, nos dirigeants, comme des être pleins d'intelligence symbolique, et donc plein de créativité, ils auront tendance à le devenir. Si nous les regardons comme sensibles et de raison, ils auront tendances à le devenir aussi, nous renvoyant ainsi cette image renforcée. C'est là l'apport de la sociologie constructiviste (cf. Paul Watzlawick)
Mais nous regardons notre société des humains comme le monde des fourmis et des abeilles, comme une mécanique d’horlogerie, avec des gens destinés à des rôles, à des comportements, à des fonctions, à des missions. Peut-être contribuons nous alors à ce que ce monde soit ainsi, se développe comme une mécanique huilée (ou non) ? Or, comme nous venons de le voir, ce que nous sommes, ce à quoi nous nous destinons, notre "vocation", en quelque sorte, ne vient que de notre visions du monde. Changez là ? ...et votre destin va en faire autant...
Ainsi, quand une problématique se présente à nous (et tout n'est qu'affaire de représentation), nous la regardons comme une mécanique complexe. Nous réclamons alors des outils, comme s'ils faisaient tout. Nous semblons en être persuadés... Alors que c'est d'un changement de posture dont nous avons besoin. Nous le trouverons dans le changement de paradigme issu de nos représentations du monde, de l'autre et de nous mêmes. L'usage même que nous faisons des outils dépend de ladite posture.
Parce que nous pensons que la réalité nous précède (conception pré-moderne), qu'elle est évidemment la même pour tous et pour tout, parce que les faits sont têtus, nous pensons aussi que la réponse à nos problématiques sera toujours celle de la technique ou de la technologie, de l'outil et de la procédure. Nous ne pensons que rarement qu'elle puisse être celle de l'intelligence, de la posture. "Les techniques ne valent que par ceux qui les portent" répondait Jean-Pierre RIVES, ancien capitaine du quinze de France à Philippe Labro qui le félicitait pour celles qu'il avait apporté à cette équipe. 
Vous voulez changer le monde, devenir riche ou efficace, célèbre ou innovant ? Changez votre vision du monde et la vision de vous même dans ce monde ! Alors vous changerez de posture et c'est elle qui fera peut-être de vous ce que vous visez. Sinon, vous risquez de devenir ce que vous craigniez... Je ne dis pas que nécessairement vous deviendrez ce que vous espérez, mais si vous ne travaillez pas votre posture, vous n'aurez aucune chance d'y parvenir.
En matière de management, j'attends le moment où les dirigeants donneront - a priori - le sens de leur projet, dans la raison d'être de l'entreprise... et se retireront alors pour laisser les collaborateurs s'emparer du "comment le réaliser". L'intelligence collective n'est pas une question ni de méthode, ni d'outils, mais seulement de posture des gens, et notamment celle des dirigeants.
Alors, oui, en effet, notre travail sur nos représentations de nous-même et du monde nous attend. Savons nous dire qui nous sommes (c'est à dire ce que nous apportons) ?... Mais aussi à quoi nous servons ?... Quelle est notre raison d'être là ?... Ce peut être, par exemple, un chevalier troubadour à la "triste" guitare, triste pour tendre mélancolie, celle qui fixe les éléments dans la mémoire ?... Plus généralement, tant que nous ne saurons pas dire ce que nous voulons être (devenir, réussir, etc), nous ne saurons pas y croire et moins encore y accéder...
Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 2 janvier 2018