samedi 20 juin 2020


Nous amener plus haut et plus loin, c'est la raison d'être du sociologue-troubadour que je suis. Comment développer un monde meilleur, plus efficient, plus pragmatique, où l'on vit bien et travaille mieux, un monde plus dynamique et plus humain ? C'est là, dans nos organisations, toute la question du management (leadership, interactions et postures). La question devient alors : "Comment se développer soi-même pour produire ce monde meilleur ?" Patron, manager, décideur et collaborateurs de toutes organisations professionnelles ou associatives, ce blog "le manager conseil" est fait pour vous. Il est une véritable bibliothèque thématique de ressourcement.
Vous trouvez ici des indications sur le management des personnes et des projets, comment ça marche, comment agir, avec des postures, des principes de fond, des leviers pour faire, et voir l'impact des évolutions de notre société sur nos métiers, nos pratiques, notre lien social, mieux voir la vie au travail.
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Jean-Marc SAURET

mardi 14 novembre 2017

Le devenir des gens ne dépendrait-il pas de la façon dont nous les considérons ?

En d'autres termes, l'évolution des gens dépendrait de la façon dont ils sont considérés par leur entourage et leurs relations... C'est là une observation que fit Paul Watzlawick dans les années soixante à l'occasion, écrivait-il, d'un événement dramatique qui s'était passé à Palo Alto, une banlieue aisée de San Francisco. Un enfant de huit ans avait fait une tentative de suicide dans son école. Tous les journaux, toutes les radios, relatèrent l'événement avec force de commentaires. Et voilà cet événement, en très peu de temps, devenu une préoccupation collective. Dans les quinze jours qui suivirent, un grand nombre d'enfants firent, dans leurs écoles, des tentatives de suicide soigneusement ratées. C'est ce phénomène de reproduction qui interrogea Paul Watzlawick. Pourquoi, comment, par quel phénomène ?
Il va comprendre, alors, que le discours collectif acquiert la force de la réalité, et qu'il s'y "substitue". Il se pose alors la question de savoir si, cette conscience que nous avons des choses, cette préoccupation que nous en avons, ne serait pas la, de fait, "toute" la réalité. C'est ainsi qu'il nous propose, dans ces écrits qui en découlent, le fait que la réalité n'est ni dans les objets ou les événements, mais dans la conscience que nous en avons. Le principe même de réalité ne serait ainsi constitué que par cet état de conscience. Il convient que ladite "réalité" (prise de conscience, ou reconstruction dans notre conscience) nous est effectivement indispensable, et absolument nécessaire à nos actions et autres agissements. En cette occurrence, il s'agit là du seul chemin que nous ayons pour agir sur e monde.
Paul Watzlawick ne s'est pas arrêté là, et il a poursuivit ses observations à l'aune de cette conception apparemment nouvelle de la réalité. Nous savons, par ailleurs, que près de deux siècles auparavant, le philosophe Arthur Schopenhauer avais déjà posé ce principe, dans son ouvrage "Le monde comme volonté et comme représentation" sans que quiconque, alors, n'en saisisse la portée exacte. L'un et l'autre ont bien intégré le phénomène, à l'inverse de l'adage prêté à Saint Thomas qui, lui, ne croit que ce qu'il voit. Nous, en l'espèce, ne voyons que ce que nous croyons. C'est à dire, seul ce qui nous préoccupe, ce dont nous sommes convaincus, existe. Et alors nous le voyons et tous le reste n'est qu'accessoire. Ainsi il me souvient que, quand mon épouse attendait notre premier enfant, il y avait subitement moult landaus et nombre de femmes enceintes en ville, alors que quelques jours avant, il n'y en avait évidement pas...
Paul Watzlawick se rendit compte que ce à quoi nous croyons a bien plus de chance de nous arriver que le reste. Il nomma ce phénomène la "prophétie réalisante" à l'instar de la "prophétie auto-réalisatrice" qu'avait élaboré Merton quelques années auparavant. Mais il ne s’arrêta pas là et se rendit compte que si ce phénomène marchait pour soi, il fonctionnait tout aussi bien à l'égard des autres. Ainsi il prit acte de ce qui devint bientôt une quasi évidence : ce que l'on pense de moi, m'incite à le devenir et ce que je pense des autres les invite à le devenir.
Ses élèves, à l'université de Berkeley, vont faire une expérience osée mais probante. Entrant dans une école de jeunes enfants, sous prétexte de proposer des tests d'intelligence, ils discutèrent avec la maîtresse d'école qui leur indiquait que l'un était intelligent et donc premier de la classe et qu'un autre n'y arrivait pas et donc était dans le fond du classement. Ils s'avisèrent de faire passer des tests aux enfants, test totalement inutiles et "bidons". Ils revinrent quelques jours après en annoncer les résultats. Ils affirmèrent à la maîtresse d'école que celui qu'elle avait indiqué comme intelligent et premier de la classe n'était pas si intelligent que ça, juste adapté et obéissant, et que ledit "cancre" était en fait doué d'une intelligence créatrice remarquable. Et ils la laissèrent... Plusieurs mois après ce faut test, les étudiants revinrent et constatèrent que celui qui leur avait été indiqué comme doué avait régressé dans le rang des bons élèves et que le cancre, en revanche, avait gagné plusieurs place dans ce classement. Ils venaient de faire la preuve suivante : ce que la maîtresse avait dans son regard s'avérait déterminant dans le comportement des enfants.
Les sociologues constructiviste, c'est à dire les disciples de Watzlawick et de l'école de Palo Alto, continuèrent ce constat : ce que les gens pensent de quelqu'un l'invite à le devenir. c'est ainsi que les rapports sociaux se trouvent transformés, et donc induits. On se rendit compte ainsi que les patrons qui avaient de la considération pour leurs collaborateurs avait, corrélativement des gens intelligents, engagés et productifs. a contrario, les patrons qui méprisaient leurs collaborateurs avaient affaire à des tricheurs et à des imbéciles. Il semble bien que c'est sur cette considération étriquée et malveillante des ouvriers queFrederick Winslow Taylor élabora l'approche scientifique du travail. C'est aussi ce qu'affirmait, en 2003, Yvon Gattaz, le père de Pierre, devant un parterre d'entrepreneurs : "Mettez du contrôle et vous aurez des tricheurs. Mettez de la confiance et vous aurez de l’efficience !"
Mais la démonstration de Paul Watzlawick indique un phénomène bien plus inconscient et bien plus profond encore reposant sur le fait constructiviste : ce que je pense fait réalité. C'est donc bien sur cette conscience partagée et commune du réel que ce construisent nos rapports sociaux, nos "vivre ensemble", et donc toute l'action sociale et sociétale. Il montre ainsi que "ma" pensée, "ma" conscience du monde, est inductive sur l'évolution dudit monde. Surprenant, non ? Du moins intéressant...


Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 14 novembre 2017



mardi 7 novembre 2017

Son frère l'a arrimé à l'essentiel

Je suis, à chaque fois, si heureux quand j'entends le discours d'un grand dirigeant, d'un manager, d'un collaborateur, d'un employé ou d'un consommateur, mettant la logique du vivant devant celle de l'économie. Ce discours inattendu du directeur général de Danone devant une promotion d'HEC, école dont il est issu, me donne à penser qu'on ne peut plus penser le monde en riches et pauvres, en droite et gauche, mais en humaniste simplement (si l'on veut agir dessus). Il nous appartient ainsi de ne plus hurler avec les loups, d'oser l'essentiel et de construire dès maintenant un monde meilleur fait pour chacun et par tous.


Je me suis souvent trouvé, comme beaucoup d'entre nous, dans le désarroi, dans la lassitude, devant l'impuissance de ce combat pour lequel nous nous levons tous les matins. Il m'est arrivé de vouloir abandonner, de baisser les bras. Nous pouvons tous l'avouer. Mais, la rencontre d'un personnage comme Emmanuel FABER nous rappelle que, sur l'envers du décor, il y a des postures généreuses chez des gens que nous avons peut être caricaturé à l’excès, sans vergogne ni contact. Ce discours non seulement me renforce dans le fait de poursuivre sereinement la route, mais aussi de ne pas hurler avec les loups, de toujours raison garder. Plus encore, cela me donne l'espoir que nous ne sommes pas seuls, voire si nombreux, à avoir l'humain au cœur.
Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 7 novembre 2017


mardi 31 octobre 2017

On n'entend que ce qui nous préoccupe et cela écrase tout le reste

J'eus préféré laisser passer la vague médiatique avant de revenir sur l'affaire Weinstein et dérivées. Mais tant pis. Peut être faut-il battre le fer tant qu'il est chaud. Cette affaire présente les symptômes d'un principe simple : je ne vois et n'entend que ce qui me préoccupe et ce qui me préoccupe écrase tout le reste. Dès lors, je crois tenir une vérité et , dans ces conditions, plus rien n'est aussi important que cela. Mieux, ou pire, plus rien n'a d’existence, s'il n'y contribue ou n'y participe pas...
Qu'avons nous vu et entendu lors de cette vague ? Une collection de dénonciations et de témoignages de femmes ayant vécu des agressions sexuelles, sexistes et machistes de la part d'hommes dès lors nommés "porcs". Aucun autre propos n'avait de place. Et durant quelques jours, les radios, les sites d'informations, les blogs journalistiques et les réseaux sociaux, ont diffusé des messages en continue, plus outrés et irrités les uns que les autres.
Bien sûr, il y avait là matière à décrier, à s'indigner, à se rassembler devant l'horrible, à se réconforter si cela était possible. D'accord ! Pendant ce temps plus rien d'autre n'existait et, malgré la gravité du sujet (cet irrespect de gens et la violence aux personnes), je m'inquiétais de la tournure que prenait la vague publique. J'imaginais que le sujet fut autre et je revenais sur les événements avec un œil pointé sur la dynamique sociale. A quoi assistions nous ? 
Je remarquais d'abord qu'aucune réalité autre que le sujet ne pouvait exister. Je remarquais aussi une forte vague de participation, sûrement due à la fin d'un long silence coupable. Elle laissait à penser un besoin de participation, un besoin "d'en être", bientôt un besoin et une nécessité de contribution. En d'autres lieux et sujet, nous aurions nommé cela "hurler avec les loups". Je n'ai pu m’empêcher de revoir, en toile de fond, une période horrible, celle de la seconde guerre mondiale en France avec l'arrestation des juifs, et celle qui a suivi en quarante-cinq avec l'arrestation des "collabos". Il y avait alors cette fièvre de la délation, laquelle devenait le rite d'une célébration commune. Sans rien retirer à la légitimité du sujet de harcèlement et de violences sur des personnes, la délation s'habillait d'un dogme mono orienté : les femmes sont victimes des coupables agressions des hommes (si la démarche eut été volontaire et délibérée, nous l'aurions sûrement qualifiée de campagne d'ostracisme)Bien sûr, pas tous les hommes, mais toutes les femmes parce qu'elles sont femmes. Voici les conditions réunies pour qu'une "liturgie politique" qui se mettait en place.
Qu'y-a-t-il donc de coupable à cela ? Rien, je crains juste le phénomène de masse et un effet de halo. Mais il y a autre chose qui l’alimente. Il me souvient de cette responsable professionnelle sous les ordres de qui je travaillais un temps. Elle jouait ostensiblement de sa séduction, "bisant" certains de ses collaborateurs "méritants", massant ou caressant les épaules de ceux qu'elle considérait comme les meilleurs. Il n'y avait certainement pas de mal à cela, quoi que... Mais le management de cette personne était centré exclusivement sur ces rituels, indiquant qui était dans les clous et méritait ses faveurs, et qui n'y était pas encore et était ainsi appelé à s'y mettre. Un jours que nous étions en entretien et que ses jambes, sur la chaise en face de moi, ne cessaient de se croiser et de se décroiser, je lâchais, quelque peu agacé : "On ne manage pas en faisant crisser les bas nylons !" Le visage de ma responsable se figeât. Sa posture devint bien moins chaloupée et je payais rapidement et chèrement mon "arrogance" par une mise en quarantaine générale sagement organisée. Heureusement, un appel à de nouvelles fonction interrompit net la pantomime et me sortit du placard.
Qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes n'est pas le font du sujet. Ce dont il s'agit, c'est de la violence, de la manipulation, du mépris et de l'irrespect adressé aux personnes. Il y a un effet de dogme dangereux. La réduction à un seul type de relation efface les violences faites à d'autres catégories de personnes, ou à d'autres personnes plus simplement. Le silence de l'habitude, celui de l'absence de catégorisation de la victime, celui de l'inaperçu dans le flou continu de la vie, font que l'on n'en parle pas parce qu'on ne les voit pas. De ce fait, on ne les dénonce pas, on les laisse se faire, en étant soit même inconscient du phénomène. 
C'est ainsi que je pense au mépris involontaire des personnes en fauteuil roulant quand, les croisant, nous nous adressons à la personne qui pousse le fauteuil. Je pense à ces anciens que l'on dépasse sans retenue pour entrer plus vite dans le magasin, le bus, le métro. Je pense à cette poignée de main quand son auteur regarde ailleurs. Je pense à cet oublie de payer, remercier, signaler, l'auteur du travail fait. Je pense à ce reproche cassant fait à la personne qui arrive avec une ou deux minutes de retard. Je pense à toutes ces personnes que l'on a considéré occasionnellement comme "objet", et que l'on a laissé sur l'étagère de l’indifférence. Je pense qu'on ne voit que ce qui nous préoccupe et nombre de nos actes inconscients et irrespectueux, voire violents, restent dans l'ombre du silence.
Je pense aussi aux gens que la nature n'a pas doté de beauté, mais d'un physique ingrat ou insignifiant, victimes d'oubli, de mépris involontaires, comme celui d'oublier de les saluer, de leur parler, de les inclure dans la conversation, de les voir seulement. J'ai remarqué qu'en société, dans la rue, dans les maisons comme au travail, l'humour d'un beau est toujours supérieur à celui d'un laid, que l'intelligence d'un grand blond de trente ans est bien supérieure à celle d'un petit brun à lourdes lunettes. 
Je pense à tous ces actes de ségrégation involontaire et inconsciente vis à vis de gens pauvres, moches, salles, maghrébins, arabes ou juifs, gays ou infirmes, ou qui ressemblent seulement à leurs caricatures. Je pense au mépris et aux violences faites aux gens qui ne sont "pas de chez nous", qui ne pensent pas comme nous, qui ne sont pas sorti dans la rue dénoncer les violences faites aux femmes, ou qui ne se sont pas joints à la meute aboyante, voire même pas excusés parce qu'ils sont des hommes... Tout cela ressemble parfois à une curée.
Mais le système républicain est bien fait et ses référents, que sont ici en l’occurrence les avocats et les magistrats, nous ont alors rappelé à une réalité judiciaire, laquelle fait cadre à la réalité sociale quelque peu bousculée. Ils nous ont rappelé ce qu'est la dénonciation calomnieuse et la dénonciation mensongère. Ce rappel a eut l'heureux effet de taire pour partie l'effervescence populaire, le diktact de la préoccupation momentanée globalisante, pour ne garder que les faits réels dans une vision plus large et apaisée. Je dois l'avouer, je n'aime pas les mouvements de foule. Ils nous éloignent du bon sens... 
Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 31 octobre 2017