samedi 20 juin 2020


Aller plus haut ! Aller plus loin ! Comment développer son organisation pour qu'elle soit plus dynamique ? C'est la question du management (leadership, interactions et postures)La question devient donc : "Comment se développer soi-même pour le meilleur ?" Patron, manager et décideur de toute organisation, professionnelle ou associativece blog "le manager conseil" est fait pour vous. Il est une véritable bibliothèque thématique.
Vous trouvez ici des connaissances sur le management des personnes et des projets, comment ça marche, comment agir, avec des postures, des principes de fond, des leviers pour faire, et voir l'impact des évolutions de notre société sur nos métiers, nos pratiques et la vie au travail.
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Jean-Marc SAURET

mardi 23 mai 2017

D'où je parle

La première fois que j'ai utilisé la formule "d'où je parle", c'est en ouvrant une conférence devant un parterre de consultants. Les participants, et ce sont eux qui me l'ont raconté ensuite, se sont dit qu'ils avaient donc affaire à un sociologue et qu'ils allaient encore beaucoup s’ennuyer... Apparemment, ce ne fut pas vraiment le cas. Quand nous disons d'où nous parlons, c'est pour dire de quel point de vue, de quelle démarche scientifique ou professionnelle nous pensons et regardons. Mais, de fait, c'est aussi, et peut être surtout depuis son propre chemin de vie que nous racontons ou commentons, et de cela, nous en parlons si peu. A partir de ces prémices, je dois avouer que, comme chacun ou comme beaucoup, la vie m'a ballotté comme la mer le fait d'un fétu de paille et m'a naguère rejeté sur la plage, tel un Gulliver. Ainsi, en tant qu’humaniste pragmatique, je me suis habillé de caractères parfois gênants : je ne connais plus la peur, pas la culpabilité, ni le culte de la personnalité, mais, exclusivement, cet amour des gens. Alors je dispose de cette forte tendance à parler “cash et direct” (certes, avec bienveillance). Je me dis que, si ça se trouve, je dois être un peu bizarre. Cela m'a valu autant d'amitiés que d'inimitiés professionnelles, voire quelques mésaventures. Mais jamais cela ne m'a desservi dans ma vie privée, bien au contraire.
Je dois avouer aussi que, enfant, j'ai été diagnostiqué "dyslexique", et été torturé pour traiter cela. Si plusieurs symptômes ont disparu, la douleur des exercices subis est restée bien présente. J'ai compris postérieurement que la dyslexie n'était qu'une façon singulière d'appréhender le réel, faite de déconstructions/reconstructions constante. Elle constitue, en l’espèce, une posture plutôt favorable à la recherche, et corrélativement très appréciée par les laboratoires de recherche anglo-saxons.
Je dois aussi avouer que jeune adulte, je n'ai pas mangé tous les jours à ma faim, ni toujours dormi sous un toit, bien au contraire. Amoureux du vivant, j'ai travaillé plusieurs années comme ouvrier agricole. Ces éléments ont constitué, en cette occurrence, une longue initiation humaniste et pragmatique. Bien que les faits soient là, il ne s’agit aucunement de faire du Zola, mâtiné de Hugo. Je sais que le monde n'est pas simple, que l'on s'adapte de son mieux et que tout cela s’avère normal. Il y a, de fait, toujours des environnements meilleurs, mais aussi de bien pires. Et, comme le dit l'épitaphe du "Salaire de la peur" de Georges Arnaud, "le Guatemala n'existe pas. Je le sais. J'y ai vécu".
A dix ans, je plongeais dans la mythologie grecque. A quatorze ans je lisais Marc Aurelle et Daniel Guérin. C’est ce dernier qui me fit découvrir Proudhon, Fourier, Stirner, Malatesta, Bakounine et bien d'autres. A dix-sept ans, je lisais le théâtre de Beckett, de Sartre, mais aussi Lanza del Vasto et Kafka. Je découvrais Gandhi, Luther King et Mandela, en prison à l'époque. Je jouais dans une troupe de théâtre indépendant à Montauban, m'essayais au théâtre de rue à Tours, à la taille de pierres sur le Larzac, puis à la vie communautaire dans l'Allier. Bref, je trouvais que la vie risquait d'être trop courte.
J'ai découvert l'écologie en 1973 en me trompant. Pensant qu'il s'agissait d'une revue d'éthologie, la "sociologie animale" si l'on peut dire, je m'abonnais au "Sauvage". J’ai trouvé là une revue racontant les effets des CFC sur la couche d’ozone, la raréfaction de l'eau douce ou la disparition d'espèces animales. On ne parlait pas encore, ou si peu, du réchauffement de la planète. J'y apprenais ainsi les rudiments de la culture associée, celle qui permet de faire vivre dix personnes à l’hectare. Tout ceci me parlait. Je comprenais que la vie alternative existait réellement et qu’elle était possible. Il fallait juste l'essayer, puis la vouloir.
Mon premier métier a donc été ouvrier agricole. J’y exerçais ma passion pour le vivant. A l’époque, on ne s’engueulait pas avec son patron, on en changeait, tranquillement et très facilement. Il est vrai que pas grand monde ne s'intéressait à cette activité contraignante et dure. N'étant pas fils de paysan et sans diplômes agricoles, je comprenais que je ne pourrai jamais avoir mes terres. Je "montais" donc à Paris créer avec quelques amis une éphémère troupe de théâtre. J’y restais comme musicien de cabaret, fis ensuite le "manute" aux PTT, et m’installais dans le confort des revenus mensuels, même modestes. Je m’engageais dans la vie associative, créant et/ou présidant plusieurs associations culturelles ou sportives. Je reprenais des études de psychosocio, d’ethno et de sociologie à l'EHESS puis à la Sorbonne où je soutenais ma thèse de doctorat, le tout en travaillant, rencontrant bien des gens brillants et passionnants. Je me suis définitivement lié avec certains. Nous échangeons toujours sans être toujours d'accord, mais n’est il pas dit que nous nous enrichissons de nos différences, comme nous le rappelle Antoine de Saint Exupéry (“Si tu diffères de moi, loin de me léser…”).
De tout cela, je comprenais que les gens n’étaient pas mauvais par nature, juste parfois ignorants, inconscients ou encore parfois stupides. D'autres me paraissaient brillants, travailleurs, informés et réfléchis. Certains étaient généreux. D'autres recroquevillés sur eux-mêmes et leurs biens. Je continuais donc prudemment à me méfier de l’autorité, convaincu que le travail était libérateur. J’apprenais définitivement à ne pas avoir peur, à éviter les conflits, et à combattre si besoin. Je savais que tous les gens se valent, qu'il n'y a ni grands, ni petits, ni genre, ni singularité qui puisse faire prétexte à quelque discrimination que ce soit, tant dans nos vies que nos relations. Je vis aussi que beaucoup se cachaient derrière quelques stéréotypes symboliques. Je compris que les gens avaient un besoin grégaire et identitaire de se retrouver en communauté, quelle qu'elle soit. Je compris l'esprit de club.
Les sports que j'ai pratiqués avec passion et assiduité correspondent à ce vécu. J'ai d'abord et longtemps pratiqué la course de fond à pied, ce que l'on appelait alors le "cross-country" où j'excellais en terme d'endurance et gagnais bien des courses. Comme tous les garçons du sud-ouest, à cette époque, je jouais au rugby avec passion et détermination. J'y savourais l'esprit collectif et de dépassement de soi pour le groupe et le résultat co-construit. Adulte, mon physique trop léger m'a fait choisir un sport de combat pieds-poings. Je pratiquais donc assidûment la boxe française en super-plume, dans une ascèse monacale, passais les degrés requis en technique et en combats. Je devins enseignant et dirigeant du club que j'avais fondé. J'ai créé et présidé nombre d'associations culturelles, entraînant chaque fois des dizaines de personnes. Le reste est sur mon CV mais présente sans doute moins d’intérêt.
Aujourd'hui, la nostalgie du dépassement de soi me rattrape chaque fois que j'enfourche quasi quotidiennement mon vélo tout terrain. Toutes ces pratiques ont forgé l'expression de valeurs intenses comme le travail et le sens de l’effort, la patience et l'endurance, mais aussi le sens de l'autre et du collectif. Je les retrouve dans la recherche/développement, tout comme dans l'observation et le fameux lâcher prise. Ce sont là l'occasion d'une autre manifestation de l’éthique et de l’équité, du bon et du vrai. Bref, je tire de tous ces éléments une "raison d’être" humaniste et pragmatique. Voilà donc d'où je parle : en d’autres termes, voilà quelqu'un de tout à fait ordinaire et normal, moderne et alternant culturel à la fois… Tout un “programme” ? Peut être...
Jean-Marc SAURET
publié le mardi 23 mai 2017

mardi 16 mai 2017

Management humaniste, de quoi parle-t-on ?

Plusieurs de mes collègues consultants parlent, eux aussi, de management humaniste. L'expression circule dans les plaquettes et les sites de consultants orientés "innovation". Mais de quoi parle-t-on exactement ? Souvent perçu comme une démarche en équilibre entre la "nécessité de gestion" et le "respect des personnes", ce vocable recouvre aussi des approches plus singulières, comme bâties sur des rapports de confiance, ou prétendument capables de répondre à la complexité des organisations et de leurs projets. Sous le vocable, on trouve aussi un système de motivation efficace, ou encore une invitation à "louvoyer" entre les tabous de l'organisation, voire ailleurs, à parier sur la libération de l'autonomie fertile des acteurs.
Oui, les approches semblent se ressembler tout en laissant, quelquefois, le goût amer d'une complexité obscure. Ce qui apparaît comme tronc commun, c'est un pari sur la personne humaine, et sa prise en compte dans le choix du meilleur chemin vers l'objectif. Ainsi les caractéristiques émotionnelles, affectives et culturelles (valeurs, rites, mythes et tabous) sont-ils pris en compte dans la construction des relations managériales. L'humain n'est pas forcément au centre de l'organisation, comme dans une conception organique, mais il est en revanche perçu comme un vecteur important de la réalisation. Il ne me semble pas que cette variable, pour importante qu'elle soit, suffise à définir le management humaniste.
Mais quelle est la finalité réelle de ces managements dits humanistes ? Pour certains managers, il s'agit de fédérer et faire adhérer les acteurs aux projets et schémas élaborés en direction générale. Mais d'autres démarches veulent atteindre les meilleurs résultats organisationnels en pariant sur l'intelligence collective. Quand la première approche me semble instrumentaliser la confiance pour que la décision "passe" mieux, la seconde ne décide pas a priori de la fin à atteindre, mais seulement de comment on va la faire émerger par... et surtout pour les acteurs impliqués.
Dans la première hypothèse, les managers tentent de dépasser des résistances. Ils ont alors tendance à considérer leurs collaborateurs comme des freins, des poids morts, voire des adversaires. Nous regretterons alors cette vision encore taylorienne des "gens de l'organisation". Dans la seconde hypothèse, les managers considèrent leurs collaborateurs comme des porteurs d'une intelligence complémentaire, sinon supplémentaire. Ils ont là une autre approche, une autre posture dans l'action, et donc une vision différente de l'organisation, de ses pratiques, de ses freins. Ils intègrent, en l'espèce, autant d'opportunités, de compétences utiles ou nécessaires. Considérant les collaborateurs comme des apporteurs responsables et engagés, ils partent du principe que s'ils ne l'étaient pas, ils le deviendraient. Ces managers regardent leurs collaborateurs comme des personnes identiques à eux-mêmes en matière de valeurs, et complémentaires à eux-mêmes en termes de connaissances et compétences.
C'est, me semble-t-il, là le fond de la définition du management humaniste : parier tant sur le fond que sur la forme, c'est-à-dire sur la richesse humaine présente partout dans l'organisation. Il s'agira alors de se polariser sur la richesse des personnes et sur tout ce qui invitera à l'investissement personnel. Corrélativement, il sera loisible de laisser de côté, tout ce qui est du domaine périphérique, du contraignant : en cette occurrence, tout ce qui ressort du contrôle et de la mesure. On se détachera donc, par exemple, de toute la question relative à la durée du travail (car chacun sait que le temps ne fait rien à l'affaire). C'est bien l'engagement des gens qui fait la qualité de l'oeuvre, pas la mesure du temps passé, de l'efficacité ni le contrôle.
Le chiffre, en effet, tue la personne et pour le moins la déresponsabilise ! Pour ce qui est des conditions de travail rentables (ou pas), chacun sait que lesdites conditions sont traitées directement par les gens eux-mêmes : les contraintes, par exemple, sont systématiquement détournées à son avantage par celui qui "fait", et c'est ce même contournement qui détourne de l'œuvre à accomplir. 
Cette démarche compte donc sur la montée en engagement et en implication des collaborateurs par un rapport d'égal à égal, d'adulte à adulte, de personne à personne, dans une intelligence réciproque. A cet effet, la posture ne saurait jamais être considérée comme "jugeante", mais bien inscrite dans une droiture d'intention, de langage et de communication. Il n'y a donc pas de hiérarchie mais une répartition des rôles et fonctions. Il n'y a pas de règles ni de lois, mais des valeurs et des principes. Il n'y a pas de procédures ni d'objectifs, mais des manières efficaces de s'y prendre pour une raison d'être. Etc. Chaque fois que vous rencontrez une contrainte, traduisez là en émulation et vous tendrez, ainsi, vers ce management humaniste.
Plusieurs indicateurs vous diront si vous avez réussi. Ne les visez pas, car ils ne sont que les symptômes de la guérison, pas ceux de la santé de l'organisation. Vous verrez alors, les gens se moquer des horaires de travail. Vous verrez les gens partager, échanger, discuter et s'entraider librement. Vous verrez la hiérarchie s’effacer jusqu'à disparaître. Vous verrez les décisions se prendre directement au plus près de l'action. Vous verrez disparaître les symboles de pouvoir, comme les grands bureaux noirs, les habits très normés, les grosses voitures et les places de parking réservées. Vous verrez les machines fonctionner sans panne et les conditions de travail s'améliorer sans que vous vous en préoccupiez. Les gens vous parleront directement pour vous dire ce qui va et ce qui ne va pas, et comment ils l'ont réparé. Vous verrez aussi la qualité de vos produits augmenter, l'adaptation aux besoins des clients se parfaire, les chiffres d'affaires progresser, etc.
Nous voyons là que c'est autour du concept, que se trouvent les niveaux de la forme et du fond. Sur la présence de la forme, on pourra dire que ça y ressemble, que ça en a peut-être le goût et l'odeur, mais qu'il s'agit d'un ersatz. Car c'est bien en effet le fond, 'c'est-à-dire la raison d'être de la démarche, la finalité exacte et profonde de cette démarche, qui en fera un réel management humaniste avec toute son efficience et sa pertinence.
En conclusion, nous voyons bien que, si nombreux sont les managers et organisations qui s'en réclament, tous et toutes ne sont pas réellement dans la démarche d'un management humaniste, loin s’en faut. Mais, pas d’inquiétude, si les collaborateurs ne l’ont pas « conceptualisé », ils l’ont tous largement bien compris… et, si nous ratons la marche, ils vont nous apprendre à apprendre !..Souvenons nous de “l’esprit de l’escalier”. En l’espèce on avance,... marche après marche !
Jean-Marc SAURET
publié le mardi 16 mai 2017

mardi 9 mai 2017

Le féminisme peut être parfois gênant

Ne nous méprenons pas sur le titre, le féminisme peut être parfois gênant, oui... d'abord pour la cause qu'il veut défendre et pour bien d'autres encore. Il a certes apporté des lois sur l'égalité des genres, influençant ainsi la correction de pratiques. A son actif, on peut aussi retenir la prise de conscience, en terme de différenciation de traitement des personnes, mettant à jour le sens de certaines conduites. Bref, le bilan n'est, bien sûr, pas totalement négatif. Mais, par exemple, l'apparition de lois contre les discriminations a eu aussi un effet pervers peu perçu et surtout farouchement nié par nombre de militants : ainsi, la loi cristallise la différence. Elle la consacre et, de fait, la renforce ! Qu'est-ce que je veux dire par là ? Je veux indiquer que produire des procédures pour défendre la discrimination marque aussi, en la renforçant, une réelle différence entre les genres, d'où la nécessité d'égaliser leur traitement. Plus vous dites "qu'il faut sauver le soldat Ryan", plus vous faites exister ledit soldat Ryan en tant que victime... 
Je pense par exemple à la discrimination positive qui fustige et exacerbe la différence qu'il a, ou pourrait y avoir, entre des populations aux origines diverses. En effet, être homme n'est pas être femmes et, du coup, un traitement singulier s'imposerait pour égaliser ces différences. On va donc focaliser le regard sur la singularité (cependant sociale) de l'autre genre. C'est à cette occasion que l'on va voir donc une réflexion s'ouvrir autour de différences, comme la grossesse et l’accouchement, autour des règles menstruelles, autour de la force et de la faiblesse, de la résistance à la douleur. la même perception va s'aiguiser autour de la séduction, autour du positionnement social  de chacune et de chacun, la liste n'est bien sûr pas limitative. Sans s'en rendre vraiment compte, on vient alors de creuser davantage le fossé identitaire entre les hommes et les femmes pour des caractéristiques dites singulières.
Certains diront que la grossesse, l'accouchement, les règles sont bien spécifiques à un genre particulier. Et c'est bien le cas. Mais en portant le regard sur ces singularités, je les pose comme marques identitaires, comme marqueurs sociaux. Je fabrique de la norme, et toute personne qui n'entre pas dans la catégorie est donc exclues du genre. Une enfant est-elle alors du genre femme ? Une dame ménopausée l'est-elle aussi ? Une autre qui n'a pas envie de grossesse, également ? Et une femme qui se sent homme ? Alors, de quelle femme parle-ton ? Ceci est un premier élément un peu gênant dans la lutte des genres. 
Sur un autre plan, les talons aiguilles et les jupes sont-ils des critères de féminité ? Bien sûr que non, il s'agit là d'éléments culturels et sociaux, temporels et locaux. Nous en sommes bien d'accord. Alors, qu'est-ce qui fait "catégorie" de femme ? Oui, nombre de femmes revendiquent leur féminité et leur singularité. Je les comprends, certes, mais leur identité s'épuise-t-elle dans le genre ? Sûrement pas ! Et bien de ces personnes le revendiquent aussi. Il est incongrue de les voir comme de simples objet du désir, par exemple. Il y a là aussi quelque chose d’insupportable. C'est probablement pour ces motifs que l'on retrouve dans nos regards anti discrimination quelque chose d'ambigu. Il faudrait reconnaître la catégorie sur la base de caractéristiques singulières mais que ses caractéristiques singulières n'épuisent pas l'identité. C'est tout à fait juste : l'enfermement en catégories tue les gens.
Justement, pour cela, il nous faut considérer l'intention, la volonté et le désir qui sont à l'origine de la démarche de demande de justice égalitaire. Au-delà de la sempiternelle quête de justice ("pourvu que j'en aie autant que l'autre" ou "qu'il, ou elle, n'en ait au moins pas plus que moi !"), il y a très certainement une souffrance de "mé-reconnaissance", de manque d'existence sociale ! C'est ainsi que le vivent d'autres personnes parce qu'elles se sentent trop blondes, trop grandes, trop brunes ou trop petites, trop grosses ou trop maigres... Quand elles se considèrent pas assez diplômées ou trop même, qu'elles se sentent étrangères ou un peu seules, ou encore trop aperçues, etc. Il y a des jeunes en banlieues, semble-t-il, qui aimeraient être moins "repérés" et moins sollicités à présenter leurs papiers, par exemple. On sait que les phénomènes communautaristes reposent sur des souffrances de cet ordre, et la quête d'appartenance, en creux ou en opposition, constitue une réponse mécanique à ce type de souffrance. 
Nous savons aussi que le monde de la surconsommation produit de fortes frustrations chez des acteurs. La promesse de jouissance, par la propriété et l'usage, d'objets illusoires n'est jamais atteinte pour le commun des mortels. Alors, les gens tentent par le même biais de donner un sens à leurs douleurs : "C'est la faute des autres qui ne nous laissent rien et prennent tout". Cette phrase pourrait être prononcée aussi bien par un enfant de migrations antérieures, que par un "excluant" des droites extrêmes. La quête identitaire vient de manques ressentis produisant des manques de sens. "Si je souffre, si je manque, c'est la faute de l'autre qui...". On trouve plus de coupables que de solutions... En fait, en voici une ! Si la nature a horreur du vide, la nature humaine a horreur du vide de sens. Là où elle en manque, elle en met, quel qu'il soit, même n'importe quoi, pourvu qu'il y ait du sens. Il s'agit de combler un vide, comme la boulimie vient combler un vide de l'estomac ou un vide existentiel, un vide de sens ou une peur de manquer, voire une peur du vide.
Il arrive donc que le remède soit aussi néfaste que le mal qu'il prétend réduire. En effet les lois qui régissent la discrimination rappellent en continue qu'il y a une différence entre les genres. Et c'est bien cela qui renforce les points d'appui de la discrimination, ses hypothèses. Autant d'éléments qui renforcent aussi la culture catégorisante et discriminante qui la porte. La question devient alors : "Comment résoudre les discriminations sans cristalliser les différences ?"
Il me souvient de cette longue histoire des cathares dans le sud-ouest de la France. Pourquoi une religion de type chamanique, la religion de Manie, a-t-elle traversé l'Europe sans s'installer nulle part, et fleuri dans le sud-ouest ? Justement parce que, là aussi, il y avait un souci identitaire. Les populations anciennes, Alamanes, Wisigothes ou Ostrogothes, étaient de culture matriarcale. Elles avaient été occupées et acculturées au patriarcat des envahisseurs romains. Ces deux types de cultures sont de même structure mais le pouvoir (l'autorité) ne se situe pas au même endroit. Les rôles sociaux de genres étaient distribués ainsi de part et d'autre : les hommes s'occupaient de l'extérieur, de la guerre, de la survie, de la sécurité et des acquisitions de richesse, tandis que les femmes s'occupaient de l’intérieur, de la pérennité, de l'alimentation et de la progéniture.
Certains ethnologues sont allés jusqu'à dire que les fonctions suivaient la forme du sexe des uns et des autres, à savoir que ceux qui l'avaient tourné à l'extérieur se tournaient vers ce champ-là, alors que ceux qui l'avaient tourné vers l'intérieur se tournaient vers cet autre champ.... Seulement, chez les patriarcaux, le pouvoir était aux "responsables" de la guerre et des armes quand, chez les matriarcaux, il était aux "responsables" de la maison, du domaine, de la pérennité du groupe. On dit que cette civilisation gallo-romaine souffrait de cette hésitation identitaire entre patriarcat et matriarcat : qui dirige ? Où est le pouvoir ? Où est la sagesse ?
Le catharisme est arrivé en apportant involontairement la solution. Cette religion proposait, comme toute religion chamanique, que le monde des esprits était différent et distinct du monde physique. Particulièrement, le catharisme indiquait que le monde des esprits avait été créé par Dieu et que le monde physique, là où se trouvent les souffrances de la faim, du froid, des blessures et des maladies, avait été créé par le diable pour embêter Dieu. Sur cette différence de valeurs, la destinée était donc de rejoindre le monde spirituel; Sur cette différence de valeurs, la destinée était donc, de rejoindre le monde spirituel. Du coup la différence de genre devenait une particularité satanique qui n'existait pas dans le monde divin. A partir de là, on pouvait s'en moquer. De ce fait, la différence de genres s'effaçait et, en Occitanie, les femmes, comme les Juifs et les membres de toute autre minorité, étaient considérés comme des êtres libres. Ils avaient donc droit de vote et de discours. Ainsi, on raconte que l’immense monastère de Carcassonne était dirigée par une femme, que les nobles et les puissants s'entouraient, comme conseillers, de Parfaits et de Parfaites, cette élite philosophique et acétique cathare. Cette culture avait résolu la question identitaire par une approche culturelle qui effaçait les différences. Il me semble que c'est là une bonne façon de faire.
Il m'apparaît de la même façon, que les guerres, les violences et les affrontements, ne sont pas susceptibles de résoudre les conflits, mais de renforcer les oppositions. On raconte même que, dans les guerres de vendetta, les gens s'affrontent et se massacrent sans plus savoir la raison originelle... De la même manière, les guerres de genres fustigent des différences, cristallisent des oppositions communautaires sans jamais en résoudre les inconvénients. Elles me semblent, en effet, d'une part propices à formaliser, alimenter et perpétuer le problème, le conflit. Elles me semblent d'autre part cristalliser les désirs de comblement de manques identitaires sur un seul axe, effaçant socialement, culturellement d'autres discriminations, comme celle vis-à-vis de gens laids ou mal vêtus, vis-à-vis de gens trop petits mais pas nains, vis-à-vis de gens trop grands et trop maigres, trop myopes ou trop presbytes, ou trop gros, de gens "hors les normes", hors des canons sociaux. 
Au dix-neuvième siècle, les grands blonds étaient vus comme intelligents et sérieux alors que les petits bruns étaient considérés de manière bien plus négative. A Paris, au dix-neuvième siècle, italiens et auvergnats étaient les "bougnoules" de l'époque, parce qu’immigrés. La culture et le brassage ont effacé ces différences et nous n'en parlons plus, car nous ne la voyons plus et les discriminations se sont tues. Les gens venus d’Italie et d’Espagne dans les années trente, poussés dehors de chez eux par les totalitarismes violents ou le désir de vivre mieux, étaient vertement fustigés comme étrangers, porteurs de défaut moraux et de comportement asociaux. Le temps et l'arrivée d'autres migrants ont fait taire les quolibets. 
C'est donc bien la voie culturelle, celle des représentations sociales, qui résout les discriminations, pas vraiment les combats. Peut-être même que ceux-ci participent en creux à faire perdurer les différences et les discriminations qui vont avec. N'enlevons pas, cependant, l'impact positif de la lutte politique, celui qui consiste, justement, à mettre en lumière une population jusque-là inaperçue. Dans le même temps, nous percevons aussi des éléments de discrimination issus d'autres raisons culturelles, attribuées le plus souvent à du sexisme. Je pense aux éléments de rôles et fonctions sociales, issus de répartitions sociotechniques de traitement des besoins. Non sans un certain humour cynique, une collègue me fit remarquer, un jour, qu'il n'y avait pas de différence de genre chez les handicapés en fauteuil car, à l'étage, ils n'avaient qu'un seul toilette dédié... Je lui répondais, sur le même ton, que les différences de genre auront disparues quand il n'y aurait plus qu'un seul toilette pour tout le monde...
Eh bien, de fait, les problèmes culturels sont plus simplement résolus dans des approches culturelles. D'ailleurs, plus le temps passe, plus la postmodernité et l'ultra-consommation avancent, plus la répartition des rôles et fonctions distinctes disparaissent, et plus les écarts de genre s'amenuisent. C'est à ce moment, qu'aujourd'hui, la discrimination de genre nous devient véritablement insupporte !