samedi 20 juin 2020


Aller plus haut ! Aller plus loin ! Comment développer son organisation pour qu'elle soit plus dynamique ? C'est la question du management (leadership, interactions et postures)La question devient donc : "Comment se développer soi-même pour le meilleur ?" Patron, manager et décideur de toute organisationce blog "le manager conseil" est fait pour vous. Il est la bibliothèque du site "L'Humain au cœur", où sont proposés accompagnements et services. 
Se trouvent ici des connaissances sur le management des personnes et des projets, comment ça marche, comment agir, avec des postures, des principes de fond, des leviers pour faire, et voir l'impact des évolutions de notre société sur nos métiers, nos pratiques et la vie au travail.
Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite à l'expresse condition d'en citer chaque fois la source et de n'en pas faire commerce.
Jean-Marc SAURET

mardi 21 mars 2017

Manager autoritairement est illégal, et alors...

Un arrêt du Conseil d’État du printemps 2016 est passé relativement inaperçu. Prise par la section du contentieux de la Haute juridiction, cette décision est pourtant forte de conséquences. Désormais, un directeur "autoritariste", méprisant, et insultant, risque ni plus ni moins qu’un licenciement pour insuffisance professionnelle. Le sens de cette décision pourrait presque être affiché dans les bureaux des dirigeants... Et pendant ce temps là, en février dernier, une enquête d'Hélène Marini est publiée sur la chaîne parlementaire. Elle porte sur le suicide d'une jeune factrice en 2013 en Haute Loire. La jeune postière n'a pas laissé de lettre ou quoi que ce soit qui fasse message. Mais c'est en l’occurrence tout un système managérial écrasant qui se trouve mis à jour. Climat de peur, pressions morales des encadrants, dégradation des conditions de travail, allongement des tournées, isolement des facteurs, dégradation de leur fonction historique de lien social, etc. La violence, insidieuse et directe, est mise à jour et personne ne répond... Pourtant les témoignages sont clairs, venus de toute parts, d'habitants, de collègues, de syndicalistes et d'autres postiers, voire même de cadres même. Dans ce reportage poignant, on assiste à une déshumanisation de la société. On assiste aussi à l'élaboration de résistances individuelles, à des "tentatives de protéger une idée de soi et du monde, de les soustraire à la destruction". On assiste à la destruction des institutions référentes, à l'effondrement du sens du travail, et à la négation de son propre sens... Mais que faire ?
S'il en fallait la preuve dramatique, la voilà donc. Notre civilisation est arrivée à son terme. L'ère moderne et son humanisme progressiste des lumières s'éteint. L'ère post moderne d'ultra-consommation, de frustration et d’effacement de la personne sous le sujet, cet "assujetti", est devenu totalement prégnante. Ses terribles conséquences sont là, sous nos yeux, et pourtant, nous laissons mourir les victimes et prospérer les malveillants. Alors, toute une population se met à distance, chacun selon sa forme. Les uns s'externalisent du "système" et ne vont plus voter ou alors radicalement, extrêmement. D'autres font leur chemin à part, dans des réseaux, hors du temps. Les organisations sont leurs terrains de jeux. Ils tissent une toile sans leaders, sans chefs, juste sur des valeurs, souvent humanistes et pragmatiques, avec un sens aigu de l'oeuvre. Ils ont le temps et ne recherchent absolument pas le pouvoir, juste l'efficience, la réalisation de leurs pyramides ou cathédrales. Ils sont malins et partout, et tellement puissants puisque rien ni personne ne les attachent. Ce sont, vous les avez reconnus, les alternants culturels.
Ainsi, le monde intermédiaire, ce temps post moderne, cette barbarie à visage humain, ce culte hédoniste du paraître et des objets, touche à son terme. Comme toute civilisation qui meurt, elle ne veut pas mourir toute seule et tente d’emporter dans sa chute tout ce qu'il y a autour. Voilà pourquoi, devant tant de violence, nous assistons à tant de défections, à tant d'abstentions, à tant de désistements, et pas forcément pour les mêmes raisons. Certains, coupables ou victimes, nous répondent par un "Et alors ?...". La Haute-Loire est la France.
Les élections présidentielles sont là, juste devant nous, dans une campagne totalement post moderne, émotionnelle, parjure, imaginaire, de mauvaise foi, où des candidats prennent sans aucun scrupule les gens pour des gogos. Voilà une violence, une maltraitance, qui reviendra en boomerang dans la tête... de la République, ...mais pas directement dans celle des auteurs de ces scandales. Combien de temps encore, ce monde stupide va-t-il durer ? Tant qu'il y aura de quoi l’alimenter et c'est bien ceci qui m'attriste. "Quousque tandem, ... Catilina" *...
Alors, je me demande à quoi bon ces sursauts institutionnels, avec l'apparition de décrets qui ne seront très certainement pas ou rarement appliqués. Il me semble encore que la rupture se fera par les gens et pour les gens. Nous savons que les institutions pérennisent l'existant et que les innovations sont des transgressions qui réussissent. Alors, mes amis, transgressons jusqu'à ce que cette "alternation culturelle" soit en place. Derrière chaque crépuscule, il y a un jour nouveau qui se lève...  
Jean-Marc SAURET
publié le mardi 21 mars 2017



* P.S. : Voici la citation complète de Cicéron contre la deuxième tentative de coup d'état de Catilina contre la république romaine : « Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra » / « Jusqu'à quand abuseras-tu, Catilina, de notre patience ? ». La suite du discours monte en puissance devant la fourberie du sénateur : « Combien de temps ta folie nous défiera-t-elle ? Jusqu'où ton audace effrontée se déchaînera-t-elle ? »… Des mots qui me semblent très à propos aujourd'hui.

mardi 14 mars 2017

Pour détourner un avion, il faut monter dedans

L'engagement en action pour le management des entreprises nécessite de mettre les mains dans le cambouis. Cela me rappelle le jour de ma soutenance de ma thèse sur le management dans les centres de tri de la poste. L'étude portait sur la période de commencement du processus de privatisation (dès le début des années quatre-vingt-dix). Monique Hirschhorn, ma directrice de recherche, me demandait si je souhaitais continuer une carrière universitaire et aller vers l'habilitation à la recherche. Je lui avais répondu que je ne le souhaitais pas et que je voulais revenir vers les entreprises, travailler avec elles à l'amélioration de leur management. Je m'intéressais alors à développer la conscience des managers sur ce que sont fondamentalement les entreprises et les organisations. Je souhaitais, en cette occurrence, les accompagner à mieux "se repenser" dans un environnement mouvant et décisif.
Venant du terrain de l'entreprise, je voulais y revenir. Déjà, des convictions de pragmatisme et d'humanisme occupaient toute ma démarche professionnelle. Pour rester conforme à ma pratique de coaching, je voudrais définir ce métier, comme étant susceptible de « donner à voir » ! C’est ce cap qui permet à chaque acteur, à chaque dirigeant, mais aussi à chaque collaborateur, de comprendre et d’intégrer que leur présence et leur action dans les organisations, s’avèrent déterminants.  Il n'y a pas à être obéissant. Cela ne sert à rien. Il vaut mieux comprendre ce qui se passe dans l'organisation et dans son environnement, d'y voir clair et d'agir pour l'objet que l'on poursuit. Le mien reste l'efficience des organisations : "Economisez vos gestes ! Ouvrez grand vos yeux et vos oreilles ! Ratissez large les éléments de votre réalité ! Alors, seulement, foncez !"
Si la démarche fondamentale est celle de l’acuité de son regard, afin de mieux savoir quelle est sa raison d'être, la seconde est bien de se positionner. C'est à ces conditions que l'on peut déterminer la place que l'on choisit, que l'on décide pour soi afin d'atteindre les objectifs de sa raison d'être.
Comme l'indiquait un journaliste littéraire, à propos de son propre métier, "Pour détourner un avion, il faut monter dedans". Il faut s'engager au cœur de la problématique et prendre sa part, toute sa part, mais rien que sa propre part. Nous avons une partition à jouer pour réaliser notre œuvre. Pour cela, il est nécessaire de descendre dans la fosse, prendre son instrument et faire sa part du mieux que l'on croit, du mieux que l'on peut, du mieux que l'on sait. C'est la foi du colibri (une fable dont j'ai déjà parlé)...
J'ai rencontré des consultants qui faisaient ce métier pour la position sociale que le métier représente ou pour les revenus que la fonction pouvait procurer. Ils ne sont pas trop nombreux, certes. Mais que vendent-ils ? L'approbation qu'attend le client. Rien de plus !... Ce type de posture se retrouve dans bien des métiers, dans bien des fonctions. Le pire qui puisse détourner son action pour la "cathédrale", est de succomber à l'illusion du pouvoir, à l'illusion des richesses, à l'illusion de la facilité, à l'illusion de notoriété, de notabilité. Toutes ces chimères le sont parce qu'elles évitent la raison d'être et son objet. 
Un jour, un collègue me dit : "Avec les diplômes que tu as, tu aurais pu bien mieux gagner ta vie !" Il avait certainement raison. Mais quelle est la finalité ? Gagner beaucoup d'argent ou accomplir sa raison d'être ? C'est à dire accomplir le travail pour la mission que l'on s'est donnée, pour l'objectif auquel on croit ?... Si faire de l'argent est notre raison d'être là, je renverrai à la réponse du célèbre Coluche : "Faire du cinéma ou bien voleur rapporte davantage !" Oui, il s'entend bien que l'escroquerie est bien plus rémunératrice que toutes les autres réalisations. C'est là l'objet du monde de la pègre et des mafias de tous ordres. Alors, choisissons son établi, son tablier de travail, sa place dans l'atelier de la vie. Nous le faisons toujours en fonction de la finalité que l'on s'est choisie et définie, parce que ceci est important pour nous. Nous voyons ainsi et aussi que la finalité "parle" à notre place. Elle dit ce que nous sommes. C'est transparent et indéfectible.
Le juge de paix que nous nous accorderons est le fait de savoir si nous sommes fiers, honnêtement fiers, de la finalité que nous avons choisie pour diriger nos vies professionnelles. Le sociologue "posturologue" observe que cette posture que choisissent les acteurs parle plus fort que tous leurs discours sur leur objet et sur eux-mêmes. C'est là une indication sur l'engagement des acteurs et sur leur positionnement. Sont-ils bien dans l'avion dont ils souhaitent réorienter le parcours ? En dehors, il y a les journalistes, les bookmakers, les commentateurs, les indifférents, les curieux et beaucoup de ceux qui souhaitent voir l'avion atterrir au terme prévu parce que c'est prévu. C'est tout... Ce sont là des conformistes qui veulent laisser le monde en l'état parce que, connu, il semble plus sûr.
Aujourd'hui, je suis devenu une sorte de "grand père" qui indique à "ses petits" ce qu'il y a devant leurs yeux, sous leurs nez et leurs mains. Mon action conduit à une sorte d'épiphanie. L'enfant bénéficiaire regarde devant lui et le grand parent lui "affûte le regard", lui donne à voir ce qu'il y a là sous ses yeux et qu'il ne voit pas, qu'il ne distingue pas. Il le lui révèle. Il s'agit de dégager l'objet singulier de son fond, indiquer ses contours, faire pressentir son sens, sa présence, son utilité, etc. Pour le bénéficiaire, il s'agit peut-être seulement de faire le miroir, de réinterroger longuement jusqu'à l’accouchement, jusqu'à la révélation. Mais pour le grand père, il s'agit de raconter le monde, le mythe, les choses, juste en donnant à voir, à inviter à regarder les bords du voile... Et donc, pour "orienter" le regard, il faut être dans l'avion. Allez, ... on décolle ?
Jean-Marc SAURET
publié le mardi 14 mars 2017

mardi 7 mars 2017

Un monde incertain en rupture de son histoire

"Quand j'étais jeune, écrivait Boris Cyrulnik, je savais qu'en travaillant fort je serais un homme libre. Aujourd'hui, pour les jeunes, ce n'est plus du tout le cas". Jusqu'à quelques décennies, le jeune homme savait qu'en faisant comme son père, il avait un avenir tracé et certain. La société se reproduisait à l'identique ou presque. Elle se perpétuait : les techniques de production étaient pérennes ; le lien social s'organisait autour de fonctions sociales transmissibles ; les rôles sociaux s'organisaient autour des besoins sociaux et des techniques pour les résoudre. Ainsi, les charges de chacune et de chacun dépendaient d'un mode de répartition économico-sociétal. Il déterminait les fonctions sociales et responsabilités de chacun, les rôles de chacune et de chacun. C'était contraignant, vu d'aujourd'hui, certes, mais c'était certain, stable et pérenne. Tout ceci n'est plus le cas actuellement et nos fonctions sociales, réparties alors sur les genres et les âges, ne le sont plus. Cette répartition en est même ringarde, insupportable, absurde et dérisoire parce que leurs raisons pratiques ne sont plus là. Nous avons changé de paradigme, passant d'une organisation d'interdépendances fonctionnelles à une organisation de consommation de masse. Je l'ai déjà évoqué précédemment en montrant les évolutions post-modernes et alternantes culturelles*.
La singularité des peuples est de regarder l'histoire à l'aune de ses préoccupations du moment. Ainsi, ce qui a pu "faire raison" dans le passé n'est pas perçu aujourd'hui de la même façon, et le sens commun attribue aux systèmes anciens les raisons et causes du présent. Ainsi, Clovis et Jeanne d'Arc furent sortis des fontes de l'histoire par des républicains désireux de donner des symboles fondateurs au peuple français qui n'existait pas encore. La finalité était donc guidée par une volonté intégratrice. Le peuple fondé, ce sont les extrêmes droites qui agitent les mêmes symboles pour dire que l'élite identitaire sociétale est celle-ci ou celle-là. La finalité est devenue, ici, la conséquence d'une volonté d'exclusion. 
Ainsi le monde d'aujourd'hui est un monde post-moderne, tourné vers l'immédiat, le local, le tribal et l'émotionnel*. Nos regards se précipitent sur l'immédiat, sur l'immédiatement profitable, sur l'immédiatement "jouissible", consommable ou praticable. Cette brièveté de vue fait culture et, nous devenons les "bons enfants gâtés" de nos systèmes d'ultra consommation. Avides des promesses jouissives du "système", nous nions ce qui n'est pas l'objet de notre désir. Nous ne serions alors que "l'objet de nos convoitises". Nous ignorons même qui nous sommes, et réellement dans quel monde nous sommes. C'est peut-être là, pourtant, que se trouve le cœur de notre problématique sociétale, de notre vivre ensemble, de notre raison d'être.
Nos collègues que nous qualifions de "bandes de banlieues" ont la fierté de leur clan, de leur ethnie. Nous avons pour une grande partie la fierté de notre famille parce que nous savons que l'admirer, c'est nous admirer nous-même. Alors pourquoi n'avons-nous pas cette conscience du monde, de l'univers, et l'image de cette nature qui est notre famille, notre clan, notre ethnie à tous ? Pourquoi sommes-nous incapables de nous penser "membres de la nature", "Membres de l'univers" ? Dès que nous en serons capables, tous nos problèmes collectifs, ceux qui concernent le vivre ensemble, le lien social, l'abus sur les biens de la nature, et sur la vie, cesseront L’essentiel réside dans l’appréciation de ce qui est important. Et ce n’est assurément pas en fuyant la mort dans une boulimie de consommation et de jouissance des objets que l’on va trouver « la » solution. Bien au contraire, la réponse peut nous être apportée par quelques fondamentaux : être fier de sa vie, de son œuvre et de ses valeurs ou représentations, alors notre raison d'être s'éclairera et nos comportements deviendront plus sûrs et plus justes.
Cependant, pour développer cette "campagne" de prise de consciences, il nous faut parler aux gens avec le langage qu'ils comprennent, c'est à dire le leur. L'hypothèse de Sapir et Whorf est que la langue structure la pensée : elle fait profondément culture. Alors, soyez durs avec les durs, convaincus avec les têtus, doux avec les doux, souples avec les débatteurs et toujours fermes. Ne soyez pas gentils avec les méchants, ne soyez pas doux avec les violents, mais impressionnez les, faites leur peur sans leur nuire. C'est ce que Martin Luther King appelait la "non-violence pressante" ou "agressive". Il ajoutait que "la non-violence est une arme puissante et juste qui tranche sans blesser... une épée qui guérit".
Mais prenons un autre exemple, celui de la culture Lakota. Dans sa culture, un indien Lakota sait qu'il va mourir un jour, d'une manière ou d'une autre, et que le lieu et le temps où il mourra n'a aucune importance. Dès lors qu'il sait cela, il est fort de sa présence immédiate et constante à faire ce qu'il a à faire, à défendre ce qui est important pour lui, sa raison d'être et ses valeurs, c'est à dire dans le pur respect total du vivant. Imaginez l’importance de l’incidence… C’est ce dont me parlait un collègue : « Ce qui m’inquiète, c’est que je ne connais pas la peur. Je manque de limites… de gardes fous… ».
Très justement, un Lakota disait : "Il n'y aura pas de paix sur terre tant que nous n'aurons pas fait la paix avec la terre". Quand nous mettrons nous enfin en route ? Nous avons naturellement l'intuition de ce monde auquel nous appartenons et nous passons notre temps à lui attribuer des lois que nous nous imposons. Elles sont dépendante de notre vision idiote d'être le centre ou l'aboutissement de l'univers. Quand prendrons-nous le temps de voir que nous sommes la nature, l'univers lui-même ? C'est pourtant à cette condition que nous saurons agir en conséquence. Quand saurons-nous que blesser l'autre et la nature, c'est se faire du mal à soi-même. Une fois encore, ce sont donc bien nos représentations qu'il nous convient de revoir, de "ressourcer". Nous avons à nous "com-prendre" dans le tout de nature et son (notre) histoire. La route risque peut être d'être encore longue et le chemin est inévitable pour continuer à vivre.

* Voir l'article : "Les nouveaux liens sociaux - 1, 2 et 3"

Jean-Marc SAURET
publié le mardi 2 mars 2017